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Les roues du possible : le vélo, un remède urgent au fléau de la sédentarité

En France, 95 % des adultes sont aujourd’hui exposés à des risques liés à l’inactivité physique ou à des comportements sédentaires. Les groupes les plus touchés sont les femmes, les personnes âgées, les publics défavorisés, les enfants et les adolescents – deux tiers des 11-17 ans présentent aujourd’hui un risque sanitaire élevé. Les 28es Rencontres Vélo & Territoires 2024 se sont conclues en rappelant la pertinence des modes actifs en général et du vélo en particulier face à ces problématiques, au travers d’une projection-débat entre un cardiologue et une ergothérapeute avec pour vecteur de solution, un épisode de la formidable mini-série documentaire, « Les Roues du possibles ».

Plénière de clôture des 28es Rencontres de Vélo & Territoires © Simon Bourcier

Pour le docteur François Carré, cardiologue au CHU de Rennes, médecin du sport et membre du conseil scientifique de l’Onaps (Observatoire national de l’activité physique et de la sédentarité), la santé ne se limite pas à l’absence de maladie. Elle inclut aussi des dimensions mentales, sociales et globales. Pas de santé sans qualité de vie, et pas de qualité de vie sans exercice physique. Avec un temps moyen de douze heures par jour assis, les Français ont selon lui développé une « addiction à la chaise », outil qu’il qualifie d’authentique « tueuse silencieuse » du fait des quelques 50 000 morts par an à légitimement lui attribuer. La sédentarité augmente de 30 à 40 % le risque de maladies chroniques de type diabète, hypertension, maladies cardiovasculaires, lesquelles maladies chroniques représentent 66 % des dépenses de la Sécurité sociale. Des maladies autrefois associées aux personnes âgées, comme le diabète de type 2 ou l’infarctus du myocarde, touchent aujourd’hui les jeunes. Le diabète affecte désormais des adolescents de 15 ans, et l’infarctus est devenu la première cause d’arrêt cardiaque avant 30 ans. À côté de cela, le système de santé ne pourra pas supporter la hausse de un million de patients tous les cinq ans que cette évolution entraîne. Former de nouveaux médecins prend dix ans, mais d’ici là le nombre de malades continuera d’augmenter. Un parallèle peut d’ailleurs être fait avec le réchauffement climatique : les effets sont connus, visibles et alarmants, mais ils continuent d’être ignorés par la société et par les décideurs. Pour le Docteur Carré, le vélo fait à ce titre partie de la solution et heureusement : s’il n’y avait plus d’espoir d’inverser la courbe, il aurait « cessé de longue date [son] combat contre la sédentarité ».

 

© Simon Bourcier

Même son de cloche du côté de Camille Péchoux, ergothérapeute chez Praxie Design, qui salue cette approche intégrant des experts de la santé dans un congrès consacré au vélo, soulignant ainsi le fait que la santé ne peut être dissociée des conditions sociales et économiques. Pour elle, la thématique de la mobilité génère son lot d’inégalités, à l’instar de la situation en dehors des grandes villes où, en cas de situation précaire ou de mauvaise santé, les personnes ont des difficultés à accéder à des systèmes de transports adaptés, ce qui limite leur mobilité et les isole davantage – une véritable double peine. Or le vélo ne se limite pas à une activité physique ; il permet aussi de recréer du lien et de rompre l’isolement, ce qui est essentiel pour le bien-être mental et social.

Toutes ces remarques sont corroborées par un extrait du documentaire Les Roues du possible – à vélo toute la vie, projeté au cours de cette plénière de clôture. Le vélo, y compris à assistance électrique, constitue l’une de ces activités physiques régulières qui, même pratiquée de façon modérée, contribue à réduire de 30 % les risques de maladies cardiovasculaires. Peu importe l’âge, peu importe le handicap. Comme le souligne Olivier Schneider, alors président de la FUB, les témoignages personnels touchants voire humoristiques entendus dans le documentaire « marquent davantage que de simples statistiques ».

Il n’y a pas de sport universellement meilleur pour la santé, poursuit François Carré. Ce qui est essentiel, c’est que l’activité choisie soit agréable et motivante pour la personne, de façon à pouvoir être pratiquée toute la vie, de manière régulière. Outre ses bienfaits cognitifs et sociaux, le vélo a pour lui de faire travailler le cœur et de favoriser le renforcement musculaire – un critère important pour lutter contre la sarcopénie, cette perte de masse musculaire liée au vieillissement qui s’avère souvent insidieuse, en ce qu’elle s’accompagne d’une augmentation de la masse grasse sans que le patient s’en rende compte. La perte de muscle augmente le risque de chutes, car les muscles ne sont plus capables de stabiliser le corps en cas de déséquilibre. Le vélo, en sollicitant les muscles tout en étant un exercice d’endurance, aide à maintenir un équilibre entre force musculaire et santé cardiovasculaire… À titre d’illustration, le Docteur Carré raconte l’histoire d’un de ses patients âgés, qui pratiquait le vélo passionnément jusqu’à ses 94 ans. Ses enfants et petits-enfants lui conseillaient d’arrêter « par peur qu’il tombe », projetant avant tout leur peur à eux. Le médecin, lui, leur expliquait qu’arrêter le vélo entraînerait probablement une diminution de la qualité de vie de son patient, voire sa mort prématurée. Ce patient est décédé à 96 ans, en faisant du tricycle, un sport qu’il avait adopté en vieillissant, ce qui montre l’importance de maintenir une activité physique régulière à tout âge.

Quid de la pratique en milieu urbain pollué ? Pour le Docteur Carré, il est toujours plus bénéfique de faire de l’exercice physique dans un milieu pollué plutôt que de rester inactif… sauf pour « les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque ou pulmonaire sévère », pour lesquelles il peut être préférable de pratiquer l’exercice à des moments où la pollution est moins forte (par exemple le matin ou le soir). « Le plus grand risque pour la santé est de ne pas bouger ». Selon lui, les médecins doivent être convaincus de l’importance de l’exercice physique, tout comme ils le sont de la prescription de médicaments. Lorsqu’un médecin prône l’arrêt du tabac tout en fumant lui-même, les patients peuvent facilement percevoir l’hypocrisie. La prescription d’activité physique devrait être une priorité dans le traitement des maladies chroniques. En France, seulement 30 % des médecins prescrivent l’activité physique, bien que les bienfaits de l’exercice soient avérés par des études scientifiques. Au Danemark par exemple, les médecins prescrivent moins de médicaments et davantage d’activités physiques. En France au contraire, l’usage excessif de médicaments contraste avec les preuves scientifiques sur les bienfaits de l’exercice.

À propos des femmes enceintes, François Carré souligne qu’une grossesse n’est pas un état pathologique mais physiologique, et que l’activité physique doit être encouragée là aussi, car elle peut avoir des effets bénéfiques sur la santé de l’enfant à naître, notamment en réduisant les risques d’obésité. Il critique également le manque d’encouragement à l’exercice physique dans certaines situations comme les douleurs dorsales liées à la grossesse, et plaide pour une meilleure prise en compte des bienfaits de l’activité physique dans la prise en charge de ces situations. Camille Péchoux souligne à cet égard l’existence de vélos adaptés, tels que ceux à assise surbaissée, particulièrement sûrs pour les femmes enceintes et les personnes âgées. Ces vélos permettent aux utilisateurs de garder les deux pieds au sol à l’arrêt, minimisant ainsi les risques de chutes, ce qui est souvent une crainte des professionnels de santé.

Pour Camille Péchoux il est nécessaire d’intégrer les professionnels de santé dans des rôles préventifs, citant en exemple un projet pilote en Île-de-France, où des ergothérapeutes seront intégrés dans des Maisons du vélo pour conseiller et accompagner les personnes ayant des problèmes de santé à faire le bon choix. Actuellement, en France, seulement 1 % du budget de la Santé est consacré à la prévention alors que la baisse de la capacité physique des jeunes générations pourrait réduire leur espérance de vie en bonne santé, selon le Docteur Carré. Le médecin souligne l’importance de prendre également en compte les personnes en situation de handicap, qui, en raison de leur fréquente sédentarité, souffrent de problèmes cardiaques.

 

Vélo adapté © Simon Bourcier

Pour inciter les collectivités à développer le vélo inclusif, Camille Péchoux invite à créer des infrastructures sécurisées pour le vélo, installer des stations de vélos adaptés dans des lieux publics comme les hôpitaux, ou mettre en place de services de location de vélos pour des personnes en situation de handicap. Pour l’ergothérapeute, il faut rendre le vélo attrayant en le rendant ludique et agréable. Pour les plus jeunes, cela peut être en combinant par exemple des itinéraires cyclables avec des espaces comme des skate-parks ou des aires de fitness. Pour les plus âgés et pour les personnes en situation de handicap, cela peut être fait en mettant des vélos à disposition de résidents d’EHPAD par exemple. Cela améliore grandement au passage leur qualité de vie tout en contribuant à soulager les aidants, à l’instar de ce qu’a fait le département des Pyrénées-Atlantiques.

Pour François Carré, bien qu’efficace pour le transport, le vélo cargo a un bénéfice paradoxal et ne doit en effet pas se substituer à une activité physique régulière des enfants. Il est cependant vrai que « si les parents ne bougent pas, leurs enfants seront moins enclins à bouger ». Le professeur met également en garde contre l’usage de la trottinette électrique pour les adolescents, qui incite à adopter des comportements sédentaires. Quant au ratio hommes/femmes pratiquant le vélo, le Docteur Carré rappelle que statistiquement les filles et les femmes, en particulier les adolescentes, pratiquent moins d’activités physiques que les garçons. Cela est valable non seulement pour le vélo, mais aussi pour d’autres sports et activités physiques. Il est donc crucial d’équilibrer cette courbe.

 

Anthony Diao

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